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Fonds africain de développement : la quatorzième reconstitution des ressources achevée

Soumis par Gabin EYENGA le dim, 12/04/2016 - 06:30

Du 28 au 29 novembre 2016 s’est tenue à Luxembourg, la troisième et dernière réunion en vue de la 14ième reconstitution des ressources du Fonds africain de développement (FAD 14). Cette réunion intervient après celles tenues en mars et juin 2016 à Abidjan, en Côte d’Ivoire. C’est à cette occasion que le plus grand guichet concessionnel de financement du développement africain, et ses donateurs se mobilisent à la recherche des ressources qui financeront les projets de développement pendant les trois années à venir en Afrique. C’est dire l’importance et le caractère crucial de cette reconstitution, car le FAD est en réalité une source multilatérale d’assistance au développement destiné exclusivement au financement du développement des pays les moins avancés d’Afrique.

Etabli le 29 novembre 1972 par la BAD et 15 Etats participants, le FAD constitue avec le Fonds Spécial pour le Nigéria et la Banque Africaine de Développement, le Groupe de la Banque africaine de développement. Son rôle est conformément à l’article 3 de l’Accord qui le crée,

«…d’aider la Banque à contribuer de façon de plus en plus effective au développement économique et social des membres de la Banque et à promouvoir la coopération (y compris la coopération régionale et sous-régionale) et le commerce international particulièrement entre ces membres. »

A ce titre, le Fonds fournit des moyens de financement aux pays les moins avancés et les plus vulnérables d’Afrique à des fins de développement infrastructurel, économique, social, humain et institutionnel. Depuis plus de quarante ans d’existence, le Fonds a déjà consenti plus de 45 milliards de dollars EU en financement de projets ou de programmes destinés à contribuer au développement des pays pauvres d’Afrique. Ces fonds sont alloués par le biais de prêts concessionnels et des dons (absence d’intérêts sur les prêts, une commission de service annuel de 0.75% l’an sur les soldes non encore remboursés, une commission d’engagement de 0.50% l’an sur les montant non décaissés, une période de remboursement de 50 ans et un différé d’amortissement de 10 ans)  aux pays membres régionaux (PMR) de la BAD à faible revenu par habitant et à degré de solvabilité réduit ou limité.

FAD 14 : le Cap vers les 5 Grandes priorités du Groupe de la BAD

         Pour cette quatorzième reconstitution de ressources 2017-2019, le cap a été mis sur les 5 Grandes priorités du Groupe de la Banque africaine de développement.

Eclairer l’Afrique : 2,9 milliards de dollars EU seront investis dans l’énergie, afin d’installer jusqu’à 4 600 MW de capacités et ainsi raccorder au réseau électrique 23,6 millions d’Africains.

Nourrir l’Afrique : 2,1 milliards de dollars EU seront dévolus au secteur l’agriculture, pour accroître les revenus agricoles et faire reculer la pauvreté dans les zones rurales.

Industrialiser l’Afrique : 1,7 milliard de dollars EU sera réservé aux projets d’industrialisation. La priorité sera donnée au financement du secteur privé grâce à une gamme d’instruments d’atténuation des risques, de produits de garantie et de mécanismes de financements mixtes, destinés à attirer d’autres fonds pour combler le déficit de financement.

Intégrer l’Afrique : 2,7 milliards de dollars EU seront mobilisés en faveur de projets d’intégration régionale, pour remédier au manque d’intégration, qui coûterait au continent 1 % à 1,5 % de son PIB annuel.

Améliorer la qualité de vie des populations en Afrique : 1,9 milliard de dollars EU sera investi pour, notamment, créer 17,5 millions d’emplois dans les pays FAD et renforcer les compétences économiques et professionnelles de 50 millions de jeunes Africains d’ici à 2050.

Depuis 1974, année à partir de laquelle le Fonds devient opérationnel, ses ressources ont été reconstituées treize fois. Ces fonds proviennent de contributions issues des moyens internes de la BAD, insuffisantes pour faire face aux besoins immenses du contiennent, et surtout des contributions des pays donateurs, à l’instar de : Allemagne, Afrique du Sud, Angola, Arabie Saoudite, Argentine, Autriche, Botswana, Belgique, Brésil, Canada, Chine, Corée, Danemark, Égypte, Émirats arabes unis, Espagne, États-Unis,  Finlande,  France,  Inde,  Italie,  Japon,  Koweït,  Luxembourg, Libye, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie. Parmi eux les plus grands donateurs sont: la France, l’Allemagne, le Japon, le Royaume-Uni et les Etats Unies. Les principaux contributeurs du FAD sont donc ces pays membres non régionaux. Par ailleurs, la plupart des pays africains, 38 au total (voire liste des pays bénéficiaires du FAD) sont éligibles aux financements de cette institution financière internationale dont ils dépendent en quelque sorte pour financer leur développement. C’est à l’occasion de cette reconstitution des ressources que ces donateurs décident du montant de leurs souscriptions et de la politique de crédit du FAD. Les conditions et les modalités d’allocation des fonds fournis par tous ces donateurs sont ainsi discutées lors de ces réunions. C’est dire l’influence qu’ils exercent sur ledit processus et par conséquent sur le fonctionnement de cet organisme régional de développement en général.

FAD 14 : une conjoncture économique difficile

La quatorzième reconstitution des ressources du FAD fait face à une situation économique et financière difficile (voire FMI, Perspectives de l’économie mondiale, octobre 2016), et à une aide publique au développement qui « fond comme peau de chagrin ». Les pays donateurs sont effet confrontés à des tensions budgétaires leur poussant à réduire leurs aides. Tandis que les pays africains, face à la chute drastique des cours du pétrole et à la montée du terrorisme, ont de plus en plus besoin de ces financements concessionnels. A l’issue de cette dernière réunion qui s’est tenue à huis clos, aucune information sur le montant des souscriptions des pays membres non régionaux donateurs n’a filtré. Un vote au niveau des Conseils d’administration du FAD est encore nécessaire pour entériner cette quatorzième reconstitution des ressources. Les objectifs sont pour l’instant clairement définis, soutenir les 5 Grandes priorités du Groupe de la BAD, les Objectifs de développement durable et les engagements de l’Afrique dans le cadre de l’Accord de Paris.

 

Gabin Eyenga