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Gabon: vers une fin de la crise post-électorale?

Soumis par Yann Marius SOMA le dim, 10/02/2016 - 09:07

Depuis l’acceptation des deux candidats en lice de soumettre le sort des élections présidentielles du 27 août 2016 au Gabon à la sagesse des juges de la Cour constitutionnelle, le monde entier attendait avec ferveur la décision qui résulterait de l’office de cette juridiction. Le 23 septembre, la décision tant attendue a été prononcée : M. Ali Bongo ONDIMBA a été confirmé dans ses fonctions de Président de la République gabonaise pour un nouveau mandat de sept (7) ans. Le 27 septembre soit un mois après l’élection, celui-ci a prêté serment et doit désormais assumer, accompagné  un gouvernement, les plus  hautes charges étatiques. Doit-on penser que cette décision marque l’épilogue d’une bataille menée par les deux candidats depuis l’annonce des résultats provisoires ? Il est trop tôt pour le dire. Néanmoins des indices tenant au comportement de toutes les parties gabonaises  ou non  avant le prononcé des résultats (I) mais aussi après le prononcé des résultats (II) permettent finalement d’être ou non optimiste quid de l’issue de la crise post-électorale au Gabon.

 

                           I) Une réaction homogène avant le verdict : la Cour constitutionnelle, objet de toutes les attentions

 

Suite au recours formé par les deux candidats et porté devant la Cour constitutionnelle, celle-ci était l’objet de toutes les attentions. C’est ainsi qu’on peut affirmer qu’aussi bien à l’intérieur (A) qu’à l’extérieur du Gabon (B), il était attendu de la Cour une décision courageuse et audacieuse fondée sur la prise par celle-ci de ses responsabilités devant l’histoire et devant le peuple gabonais.

 

                                    A) Un regard interne par les parties

 

Dans l’attente du  verdict de la Cour, on pouvait observer chez le peuple gabonais une attitude double liée tout naturellement aux positions et oppositions en présence, elles-mêmes basées sur les affinités et appartenances à l’un ou l’autre camp. En effet, tandis que le camp ONDIMBA marquait sa foi en l’indépendance de la cour, à la véracité de sa future décision, et par conséquent démontrait une attitude de confiance, le camp PING, lui, démontrait une attitude de méfiance vis –à-vis de la Cour et appelait voire exhortait les membres de cette cour à s’affranchir de l’aura politique du président sortant  pour statuer selon leur intime conviction et à la lumière des résultats issus de  recomptage. Cette ‘’guerre froide ‘’ a été alimentée  tout au long de période précédant la décision. Un chose est sure, c’est que les deux camps qui appelaient de façon soutenue la Cour à bien jouer son rôle en étant indépendante ne lui permettaient pas vraiment de l’être puisque ceux-ci directement ou indirectement, exerçaient sur la cour une pression telle que celle-ci travaillait, on l’imagine, dans un environnement bien tendu. Mais, ce regard de la cour était de bonne guerre car il permettait à la cour de se rendre à l’évidence qu’elle n’avait pas à statuer sur un fait banal mais qu’elle était amenée à rende une décision qui changerait de façon décisive et pour l’avenir le cours de l’histoire gabonaise et que pour ce faire, elle n’avait pas le droit à l’erreur. Ce d’autant plus qu’une ‘’mauvaise décision’’ plongerait de façon irrémédiable le pays dans un chaos sécuritaire et humanitaire. Au demeurant, pendant que le peuple gabonais appelait la Cour à s’assumer, la communauté internationale, elle, voulait l’accompagner.

 

                                    B) Un regard externe par la communauté internationale

 

Dans la période d’incertitude, on peut noter deux faits majeurs concernant la communauté internationale et qui témoignent que celle-ci est restée constamment préoccupée et saisie de la question gabonaise. Et même si la communauté internationale est un tout, on choisira à dessein de n’évoquer que quelques instances de celle-ci. Il s’agit de l’organisation universelle qu’est l’ONU et de l’organisation régionale africaine qu’est l’UA. Par rapport à l’ONU, sa principale action a consisté a rappelé aux parties la nécessité d’une résolution pacifique de la crise fondée sur le respect de la légalité. Et puisque les parties ont accepté de porter des recours devant la Cour, l’ONU n’a eu de cesse d’inviter les différents protagonistes à attendre le verdict et à s’abstenir de tout acte d’hostilité pouvant saper cet effort de règlement de la crise. Un appel formulé  par plusieurs organes de l’organisation, appel pouvant être certes discuté en raison de son caractère peu ferme, mais appel tout de même constaté et apprécié d’autant plus que face à d’autres  situations, la réaction de l’ONU s’est fait attendre. Naturellement, l’on verrait mal l’ONU  attirer l’attention de la cour sur son devoir comme l’ont fait les parties, car une telle démarche serait perçue comme une immixtion ou une ingérence maladroite dans les affaires intérieures du peuple souverain du Gabon. Elle ne pouvait donc jouer qu’un  rôle d’avant- garde et de veille. Il n’en a pas été de même pourtant pour l’UA qui, voulant s’assurer de la crédibilité du processus de recomptage a dépêché  une mission d’observation composée d’experts[1]. Tout bien considéré, on peut noter de façon générale qu’avant les résultats, les regards de la communauté internationale et du peuple gabonais vis-à-vis de la cour apparaissaient comme « un canon braqué » contre cette dernière. Ce n’est néanmoins pas le même comportement qui a été adopté par les différents acteurs après l’annonce des résultats définitifs.   

 

                           II) Une réception hétérogène après le verdict : le Gabon, objet de toutes les incertitudes

 

 Après  l’annonce des résultats définitifs par la Cour constitutionnelle, les réactions ne sont pas allées dans un même sens. Chose compréhensible dans la mesure où il s’agit d’une élection devant faire un gagnant et un perdant. Au final, il fallait désigner entre M. Ali Bongo ONDIMBA et M. Jean PING celui qui devrait assumer les charges de président de la République. Et la cour Constitutionnelle, dans sa décision, a déclaré que M. Ali Bongo ONDIMBA a été réélu avec un taux de plus de 50% des voix. Nous examinerons tour à tour la réception que les parties gabonaises (A) et la communauté internationale (B) ont faite du verdict.

 

                      A) La réception du verdict par les parties gabonaises

 

Au Gabon, l’annonce du verdict proclamant de façon définitive la victoire du Président sortant a été reçue diversement selon que l’on se situe dans le camp PING  ou dans le camp ONDIMBA. Tandis que pour ce dernier et ses alliés, cette victoire est la traduction d’une confiance renouvelée par le peuple en celui-là qui briguait un second mandat consécutif, pour Jean PING, le verdict rendu n’est pas la traduction de la vérité des urnes. On ne peut dans ces conditions qu’assister à  une continuité de la rivalité surtout que le peuple gabonais tout entier est lui aussi divisé. Installé – ou réinstallé - dans ses - nouvelles –  fonctions, le Président Ali Bongo ONDIMBA se dit déterminé à considérer ce mandat comme un défi et un devoir de servir le peuple gabonais. C’est pour cette raison qu’il entendait former un gouvernement qui cadre avec cette vision de ce que devra être le destin du Gabon pour les années à  venir en lançant un appel au dialogue. On peut ainsi noter cette déclaration faite par lui:

« Je suis le président de tous les Gabonais. Pour ma part, j'ai compris le sens du vote des Ganonais. J’ai bien compris le doute de certains. J’ai bien perçu la déception d’autres encore. Nous avons tous le devoir de ne point ériger un mur entre nous »[2].

 Dans l’élan de faire taire les velléités offensives de son concurrent Jean PING, il avait mis en garde ce dernier d’éviter tout acte qui serait préjudiciable à la sécurité du Gabon. Un appel manifestement non entendu par M. PING qui continue de faire valoir son droit à être le Président du Gabon, car exprimant pour lui la volonté réelle des gabonais telle qu’exprimée le 27 août. C’est ainsi que son porte-parole a clairement rejeté l’appel au dialogue fait par le Président en ces termes :

« Toute participation à un quelconque gouvernement d’ouverture est exclue, en tout cas de la part de Jean Ping, c’est clair. Il y a eu une prestation de serment en catimini. Il y a un appel au dialogue parce qu’en réalité on n’a aucune légitimité politique. Donc, du côté de l’opposition, la mobilisation se poursuit et se renforce….Entrer au gouvernement, c’est faire injure à nos populations, c’est refuser que le Gabon puisse devenir une démocratie un jour »[3].

On peut noter que cette situation n’est pas de nature à consolider le climat social au Gabon, car la « reconnaissance de défaite » n’a véritablement pas été établie. Dans ces conditions, toute situation est encline à faire peser de lourdes conséquences sur la stabilité du pays. La même divergence a été observée concernant l’accueil par la communauté internationale du verdict de la cour.

 

                                       B) La ‘’réception ‘’ du verdict par la communauté internationale

 

La communauté internationale a été confrontée à une divergence quid de l’attitude à adopter au sujet de la décision de la Cour constitutionnelle[4]. De son côté, l’ONU a pris acte du verdict de la cour constitutionnelle gabonaise. Bien évidemment, au risque de se contredire elle-même, elle ne pouvait qu’adopter une telle démarche puisque c’est elle qui au temps fort de la crise a appelé les parties à s’en remettre à la Cour dans l’optique d’aboutir à une résolution pacifique. Et puisque la décision de la Cour confirme la victoire de M. Ali Bongo ONDIMBA, l’ONU prend de ce fait acte de la réélection de ce dernier à la tête de l’Etat. A cet effet, on peut noter la déclaration suivante  faite par le Porte-parole de M. Ban Ki-MOON, Secrétaire général de l’ONU:

« Le Secrétaire général prend note de la décision de la Cour constitutionnelle gabonaise sur les recours introduits concernant les résultats préliminaires de l’élection présidentielle du 27 août 2016 et de sa confirmation de l’élection de M. Ali Bongo ONDIMBA en tant que Président élu.

Le Secrétaire général se félicite de l’appel à un dialogue national lancé par le Président élu.  Un tel dialogue devra être représentatif de toutes les parties prenantes en faveur de la réconciliation nationale, d’une gouvernance inclusive et de l’adoption de mesures consensuelles pour la tenue d’élections législatives pacifiques et crédibles en décembre 2016.

En cette période critique et délicate de l’histoire du pays, il est d’une importance capitale pour tous les acteurs de  faire preuve de la plus grande retenue et de respecter pleinement les droits de l’homme et les libertés fondamentales.  Le Secrétaire général appelle à la libération des personnes détenues de façon arbitraire en relation avec le processus électoral.

Les Nations Unies restent déterminées à soutenir le processus démocratique et le développement durable en République gabonaise et continueront à travailler étroitement avec les partenaires nationaux, régionaux et internationaux à cet égard »[5].

Pour sa part, la France affirme par la voix d’une source du Ministère des Affaires Etrangères que « l'examen des recours de la Cour constitutionnel n'a pas levé « tous les doutes » sur l'élection d'Ali Bongo »[6]. Cette position, ajoutée au climat qui prévaut actuellement au Gabon, fait planer sur le Gabon l’ombre d’une crise dont le dénouement est incertain. Dans cette posture, on ne peut qu’espérer que la situation ne dégénère pas. Pour cette raison, la communauté internationale dans son ensemble devra continuer à être saisie de la question en attendant qu’une paix véritable revienne au Gabon. Par quelle solution ? L’avenir instruira. En tout état de cause, le droit international propose un ensemble de mécanismes  que les parties peuvent utiliser en vue de régler un conflit. L’article 33 de la charte des Nation Unies enseigne à cet effet que :

« Les parties à tout différend dont la prolongation est susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales doivent en rechercher la solution, avant tout, par voie de négociation, d'enquête, de médiation, de conciliation, d'arbitrage, de règlement judiciaire, de recours aux organismes ou accords régionaux, ou par d'autres moyens pacifiques de leur choix.

Le Conseil de sécurité, s'il le juge nécessaire, invite les parties à régler leur différend par de tels moyens ».

Reste aux parties à éviter l’usage de la violence et à s’inscrire dans une dynamique de recherche de la paix qui réponde véritablement aux aspirations profondes du peuple gabonais.

 

 

[1] Lire « Gabon : la Cour constitutionnelle finalise le recomptage des voix sous le regard de l’Union africaine »  à l’adresse suivante : http://www.jeuneafrique.com/359398/politique/gabon-cour-constitutionnell....

 

[2]Lire  http://www.rfi.fr/afrique/20160927-gabon-le-president-bongo-investit-nou....

[3] Ibidem.

[4] Lire file://360349/politique/gabon-validation-de-victoire-dali-bongo-ondimba-suscite-reactions-mitigees-sein-de-communaute-internationale/.

[5] Lire « Gabon: M. Ban prend note de la confirmation par la Cour constitutionnelle de l’élection de M. Ali Bongo Ondimba et appelle les acteurs à faire preuve de la plus grande retenue » à l’adresse suivante : http://www.un.org/press/fr/2016/sgsm18153.doc.htm.

[6] Lire http://www.rfi.fr/afrique/20160928-gabon-investiture-ali-bongo-ondimba-a...