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Semaine de l’Afrique 2016 : L’ONU salue les progrès réalisés

Soumis par Dr. E. MOUBITANG le sam, 10/15/2016 - 14:29

ONU - Semaine de l'Afrique - 10 au 14 octobre 2016 - Le Secrétaire général et le Président de l'Assemblée générale des Nation Unies saluent les progrès réalisés par le continent ces dernières années malgré des faiblesses toujours visibles.

INTRODUCTION

« Je salue les progrès que l'Afrique a réalisés ces dernières années », a dit M. Ban lors de la séance inaugurale de haut niveau intitulée « Renforcer les partenariats au bénéfice du développement durable et inclusif, de la bonne gouvernance, de la paix et de la stabilité en Afrique » (http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=38270#.V_3j52uaC1s ).
« Les pays africains ont accéléré la croissance et observé une augmentation du revenu par habitant. Les réformes ont accru l'attrait de la région pour les entreprises. Le continent a également fait des progrès notables en augmentant l'accès à l'éducation primaire, en faisant la promotion de l'égalité des sexes, en réduisant la mortalité infantile et en faisant reculer le paludisme », a-t-il ajouté. Le chef de l'ONU s'est félicité que 14 Etats africains aient déjà ratifié l'Accord de Paris sur le changement climatique. « Les systèmes de gouvernance en Afrique se sont améliorés », « bien que des faiblesses soient encore visibles ». « Alors qu'un grand nombre de pays africains ont organisé des élections multipartites régulièrement, trop souvent leur crédibilité a été mise en doute, poussant des pays au bord du conflit », a-t-il souligné. « Nous avons également vu d'autres efforts visant à saper les pratiques démocratiques, y compris par les dirigeants eux-mêmes en prenant des mesures douteuses pour rester au pouvoir au-delà des limites inscrites dans la Constitution ».
Alors que la Semaine de l'Afrique 2016 se tient dans le contexte (I) de la première année de mise en œuvre du Programme de Développement Durable à l'horizon 2030 de l'ONU (http://www.ipu.org/splz-f/unga16/2030-f.pdf) et de l'Agenda 2063 de l'Union africaine, le Président de l'Assemblée générale des Nations Unies constate (II) les efforts qui ont été consacrés à la consolidation de la paix et la sécurité en Afrique au cours des dernières décennies. Toutefois, M. Thomson se dit préoccupé par la hausse de conflits internes plus longs et plus complexes et l'augmentation des actes de terrorisme, de l'extrémisme violent et de la criminalité transnationale organisée.

I)- LE CONTEXTE

La Semaine de l'Afrique 2016 se tient dans le contexte de la première année de mise en œuvre du Programme de développement durable à l'horizon 2030 de l'ONU (A) et de l'Agenda 2063 de l'UA (Union africaine) (B). Le Secrétaire général de l’0NU estime qu'il est crucial pour les gouvernements africains d'aligner leurs plans de développement sur ces deux programmes.

A)- Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 de l’ONU

Après un bref rappel des faits marquants du Sommet des Nations Unies sur le développement durable (1), il convient de présenter les éléments clés du Programme 2030 (2).

1)- Le Sommet des Nations Unies sur le développement durable

Cent trente-six chefs d’Etat et de gouvernement ont participé au Sommet des Nations Unies sur le développement durable, ainsi que de nombreux dirigeants d’organisations de la société civile et d’organismes du secteur privé. Au cours de la séance d’ouverture, le Secrétaire général de l’ONU a souligné que le Programme 2030 était porteur d’«une vision universelle, intégrée et transformative pour un monde meilleur». La Présidente du Libéria, Mme Ellen Johnson Sirleaf, qui a dirigé les préparatifs de la position de l’Union Africaine concernant les priorités de l’après-2015 a déclaré: «Nous devons forger des réponses nationales ambitieuses pour la mise en œuvre du Programme [...] des réponses qui orienteront les Etats membres dans leurs efforts pour intégrer le nouveau programme et le traduire en contenu local de façon que le pays s’approprie le processus de mise en œuvre.» Soulignant l’importance de ce programme universel, le Président des Etats-Unis, M. Barack Obama s’est engagé à veiller à ce que tous les objectifs de développement durable soient mis en œuvre aux Etats-Unis et à continuer d’appuyer leur réalisation dans le monde. Le Président chinois, M. Xi Jinping, a suscité un vif intérêt en annonçant la création d’un fonds pour la coopération Sud-Sud doté d’un montant de 2 milliards de dollars des Etats-Unis (dollars E.-U.) destiné à aider les pays en développement à appliquer le Programme 2030 et s’est engagé à ce que ce montant atteigne 12 milliards de dollars E.-U. d’ici à 2030; il a déclaré que la Chine poursuivrait sa politique d’allégement de la dette des pays les moins avancés (PMA) ainsi que des pays en développement sans littoral et des petits Etats insulaires en développement. Le Président
de la République française, M. François Hollande, a annoncé quant à lui que 4 milliards d’euros seraient alloués pour appuyer la réalisation du programme à partir de 2020. Le Pape François a déclaré, dans une allocution spéciale et très exhaustive, que : «la mesure et l’indicateur les plus simples et les plus adéquats de l’exécution du nouvel Agenda pour le développement seront l’accès effectif, pratique et immédiat, de tous, aux biens matériels et spirituels indispensables: logement personnel, travail digne et convenablement rémunéré, alimentation adéquate et eau potable; liberté religieuse, et, plus généralement, liberté de pensée et éducation».

2)- Les éléments clés du Programme 2030

L’adoption du Programme 2030 est une décision politique historique des dirigeants de la planète en faveur d’«une série complète de 17 objectifs et de cibles à caractère universel, qui sont ambitieux, axés sur l’être humain et porteurs de changement» (http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---ed_norm/---relconf/documents/... ). Le concept de développement durable couvre trois dimensions : économique, sociale, environnementale d’une manière équilibrée et intégrée, en soulignant la nécessité de protéger les droits de l’homme. Le travail décent occupe une place centrale ; il est intégré dans les objectifs et les cibles ainsi que dans la vision portée par le nouveau programme. « Nous sommes résolus à éliminer la pauvreté et la faim partout dans le monde d’ici à 2030 ; à combattre les inégalités qui existent dans les pays et d’un pays à l’autre ; à édifier des sociétés pacifiques et justes, où chacun a sa place ; à protéger les droits de l’homme et à favoriser l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes et des filles ; à protéger durablement la planète et ses ressources naturelles ». « Nous sommes résolus également à créer les conditions nécessaires à une croissance économique soutenue qui profitera à tous et s’inscrira dans la durée, au partage de la prospérité et au respect du principe d’un travail décent pour tous, compte tenu des différents niveaux de développement national et des capacités des pays ». A l’issue des négociations finales sur le nouveau programme tenues du mois de mai au début du mois de juillet 2015, des éléments ont été ajoutés : préambule résumant le projet, déclaration d’engagements liminaire et parties consacrées aux moyens de mise en œuvre, au Partenariat mondial et au suivi et à l’examen.
L’objectif 8 est ainsi libellé: «Promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif et un travail décent pour tous». Les cibles sont les suivantes :
8.1. Maintenir un taux de croissance économique par habitant d’au moins 7 pour cent par an dans les pays les moins avancés ;
8.2. Accroître la productivité en mettant l’accent sur les secteurs à forte valeur ajoutée et à forte intensité de main-d’œuvre ;
8.3. Promouvoir la création d’emplois décents et l’entrepreneuriat, stimuler la croissance des micro entreprises et des petites et moyennes entreprises et faciliter leur intégration dans le secteur formel ;
8.4. S’attacher à ce que la croissance économique n’entraîne plus la dégradation de l’environnement ;
8.5 Parvenir au plein emploi productif et garantir à toutes les femmes et à tous les hommes, y compris les jeunes et les personnes handicapées, un travail décent et un salaire égal pour un travail de valeur égale ;
8.6. Réduire considérablement la proportion de jeunes non scolarisés et sans emploi ni formation ;
8.7. Supprimer le travail forcé et mettre fin au travail des enfants sous toutes ses formes ;
8.8. Défendre les droits des travailleurs, promouvoir la sécurité sur le lieu de travail et assurer la protection de tous les travailleurs, y compris les migrants, en particulier les femmes, et ceux qui ont un emploi précaire ;
8.9 Développer un tourisme durable qui crée des emplois ;
8.10. Elargir l’accès aux services financiers ;
Des moyens de mise en œuvre sont prévus pour l’objectif de développement durable 8 : accroître l’appui apporté dans le cadre de l’initiative Aide pour le commerce aux pays en développement (8.a) et appliquer le Pacte mondial pour l’emploi de l’OIT et une stratégie mondiale en faveur de l’emploi des jeunes (8.b). Bon nombre des objectifs de développement durable sont liés au mandat de l’OIT et aux quatre piliers de l’Agenda du travail décent. La mise en place de systèmes de protection sociale, y compris de socles nationaux de protection sociale, est l’une des cibles (1.3) associées à l’objectif visant à éliminer la pauvreté; elle est mentionnée au même titre que l’adoption de politiques sur les plans salarial et budgétaire (10.4). En outre, pour que les cibles relatives à l’élimination de l’extrême pauvreté (1.1) et à la réduction de la pauvreté (1.2) puissent être atteintes, l’OIT devra prendre part aux travaux et assurer un suivi. Il est fait allusion aux compétences techniques et professionnelles dans trois cibles relevant de l’objectif relatif à l’éducation (4.3, 4.4 et 4.5). Il est aussi fait référence aux travailleurs ruraux (2.3); aux travailleurs des secteurs de la santé et de l’éducation (3.c et 4.c); aux soins et travaux domestiques non rémunérés (5.4); à l’élimination de la discrimination et aux mesures visant à assurer l’égalité des chances (10.3); aux travailleurs migrants (10.7); à la promotion de l’emploi industriel (9.2); à l’intégration des petites et moyennes entreprises dans les chaînes de valeur (9.3); à la résilience face aux aléas climatiques et aux chocs et catastrophes d’ordre économique, social et environnemental (13.1); aux lois et normes internationales sur la conservation des océans et des eaux (14.c); à l’état de droit (16.3); aux institutions efficaces, responsables et transparentes (16.6); au dynamisme, à l’ouverture, à la participation et à la représentation dans la prise de décisions à tous les niveaux (16.7); et aux libertés fondamentales (16.10).
L’objectif 17 porte sur les moyens de mettre en œuvre le Partenariat mondial pour le développement durable. Les cibles portant spécifiquement sur les questions structurelles prônent un renforcement de la coordination et de la cohérence des politiques en faveur de la stabilité macroéconomique et du développement durable; la promotion des partenariats multipartites et le renforcement des capacités en matière de suivi.

B)- L’Agenda 2063 de l’UA

Lors de la 24ème session ordinaire de la Conférence de l'Union africaine qui a eu lieu à Addis-Abeba, du 30 au 31 janvier 2015, les chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine (UA) ont adopté l'Agenda 2063. Cet agenda est à la fois une vision (1) et un plan d'action (2).

1)- Les aspirations de l’Afrique pour 2063

Les africains de diverses formations sociales et de la diaspora ont convenu que la vision de l’UA de construire une « Afrique intégrée, prospère et pacifique, dirigée et gérée par ses propres citoyens, et représentant une force dynamique sur la scène internationale », représente le guide fondamental pour l'avenir du continent africain. Par ailleurs, ils ont réaffirmé la pertinence et la validité de la Déclaration solennelle du 50ème anniversaire de l'OUA / UA. Les voix convergentes d'africains de différentes origines, y compris ceux de la diaspora ont donné une image claire de ce qu'ils désirent pour eux-mêmes et pour le continent à l'avenir. De ces voix convergentes, un ensemble d’aspirations communes et partagées a émergé :
1. une Afrique prospère fondée sur une croissance inclusive et un développement durable ;
2. un continent intégré, politiquement uni, basé sur les idéaux du panafricanisme et sur la vision de la de la renaissance de l’Afrique ;
3. une Afrique où règnent la bonne gouvernance, la démocratie, le respect des droits de l’homme, la justice et l’état de droit ;
4. une Afrique en paix et sûre;
5. une Afrique dotée d’une identité, d’un patrimoine commun, de valeurs partagées et d’une éthique culturelle forte ;
6. Une Afrique dont le développement est axé sur ses citoyens, puisant dans le potentiel de ses populations, en particulier de ses femmes et de ses jeunes et prenant soin de ses enfants; et
7. une Afrique, en tant qu’acteur et partenaire fort, uni, résiliant et influent sur la scène mondiale.

Ces sept aspirations montrent une forte convergence avec la vision de l'UA, et sont en harmonie avec les huit priorités de la Déclaration solennelle du 50e anniversaire de l'OUA / UA. Collectivement, ces aspirations communes démontrent une forte continuité de pensée entre les fondateurs de l'OUA et la génération actuelle de dirigeants africains, quoique dans un nouveau contexte dynamique. Ces aspirations reflètent le désir des africains de vivre dans la prospérité et le bienêtre, l’unité et l’intégration, dans un continent de citoyens libres et d’horizons élargis, exempt de conflits et avec une meilleure sécurité humaine. Elles prévoient également une Afrique dotée d’une identité, d’une culture et de valeurs fortes, et jouant le rôle d'un partenaire solide et influent sur la scène mondiale contribuant de manière égale et respectée au progrès et au bien-être humains ; en bref une Afrique différente, meilleure et plus dynamique qu’en 2013.
Ces aspirations intègrent une puissante volonté de voir un continent où les femmes et les jeunes jouissent de libertés fondamentales garanties afin d‟apporter leur contribution et de bénéficier d'une Afrique différente, meilleure et plus dynamique en 2063, une Afrique où les femmes et les jeunes assument des rôles essentiels dans la croissance et la transformation des sociétés africaines. Elles se fondent sur la conviction que l'Afrique détient le potentiel et la capacité d’être à la hauteur des autres régions du monde et même de les surpasser et de prendre la place qui lui revient dans la communauté internationale.

2)- Le premier plan décennal de mise en œuvre 2014-2023

Afin d’assurer la mise en œuvre effective, la 24e session de la Conférence de l’Union a demandé à la Commission de l’Union africaine (CUA) de finaliser le Premier plan décennal de mise en œuvre de l’Agenda 2063 et de le soumettre pour examen et adoption par les organes de décision de l’union en juin 2015.
Ce Plan est fondé sur le Document-cadre de l’Agenda 2063 adopté en janvier 2015 ; il a pour objectif d’accélérer la transformation politique, sociale, économique et technologique de l’Afrique tout en maintenant la dynamique panafricaine vers l’autodétermination, la liberté, le progrès et la prospérité collective. Ce Plan qui couvre la période 2014-2023, est le premier d’une série de cinq plans décennaux de mise en œuvre qui seront élaborés pour réaliser la Vision de « L’Afrique que nous voulons en 2063 ».
L’objectif visé dans l’élaboration du Plan est de :
• identifier les domaines prioritaires, fixer les objectifs spécifiques, définir les stratégies et les mesures requises pour la mise en œuvre des dix premières années du voyage vers 2063 ;
• exécuter les programmes et initiatives à impact rapide adoptés dans les décisions de Malabo de l’Union africaine afin de lancer et de faire avancer de façon décisive la transformation économique et sociale de l’Afrique ;
• fournir des informations à tous les principaux acteurs aux niveaux national, régional et continental, la Diaspora, les partenaires de développement, les institutions financières mondiales sur les résultats attendus du premier plan décennal de mise en œuvre ainsi que sur les rôles qu’ils doivent jouer;
• assigner des responsabilités à toutes les parties prenantes pour la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation.
• définir les stratégies pour assurer la disponibilité des ressources et des capacités et pour impliquer les citoyens dans la mise en œuvre du premier plan décennal.

Les fondements du premier plan décennal qui est un sous-ensemble de l’Agenda 2063 pour les 50 prochaines années, tel que contenu dans le document-cadre, sont :
• l’Acte constitutif de l’Union africaine ;
• la Vision de l’Union africaine ;
• les huit domaines prioritaires de la Déclaration solennelle ;
• les aspirations des africains pour 2063 exprimées à travers un processus de consultations ;
• les cadres régionaux et continentaux
• les visions et plans nationaux

II)- LE CONSTAT

Selon le chef de l'ONU, le continent a fait des progrès notables dans plusieurs domaines (A), bien que des faiblesses soient encore visibles (B).

A)- Des progrès notables

Il convient de relever une légère amélioration de la gouvernance (1) et une accalmie fragile des conflits en Afrique (2).

1)- La gouvernance en Afrique : légère amélioration

L’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique (Iiag), publié par la Fondation Mo Ibrahim, révèle qu’au cours de la dernière décennie, la gouvernance globale sur le continent a progressé en moyenne d’un point, avec 37 pays, correspondant à 70 % de la population du continent, ayant enregistré une amélioration. Cette tendance générale est essentiellement tirée par la progression marquée des catégories «Développement hu¬main et participation et droits de l’Homme». La catégorie «Déve¬lop¬pement économique dura¬ble» a également enregistré une amélioration, mais à un rythme plus lent. Détaillant, le rapport explique que l’amélioration enregistrée dans la catégorie «Participation et droits de l’Homme», observée dans 37 pays du continent, est tirée par la progression des sous-catégories «Parité et participation» (http://www.lequotidien.sn/index.php/component/k2/l-indice-ibrahim-de-la-...). Selon toujours la Fondation Mo Ibrahim, la catégorie «Déve¬loppement humain» est celle qui obtient les meilleurs résultats, avec le meilleur score en fin de période et la progression la plus forte au cours des dix dernières années. «43 pays, soit 87% des citoyens africains ont enregistré une progression avec le Rwan¬da, l’Ethiopie, l’Angola et le Togo progressant de plus de 10 points au cours de la dernière décennie», note-elle. Sur un autre sujet, le rapport souligne que tous les 54 pays couverts par l’Iiag ont enregistré une progression en matière de «Mortalité infantile» au cours de la dernière décennie. Aussi, note le rapport, au cours des dix dernières années, l’indica¬teur «Pauvre¬té» a progressé de +7,2 points pour la moyenne continentale avec 29 pays, soit 67% de la population africaine enregistrant une amélioration. Néan¬moins, souligne l’analyse, l’indicateur «Prio¬rités de réduction de la pauvreté» enregistre un déclin de -1,3 point avec 23 pays où vivent 45% de la population afri¬cai¬ne en recul.
La dixième édition de l’Iiag est l’analyse la plus complète sur l’état de la gouvernance en Afrique réalisée à ce jour. Elle a évalué, à partir de 95 indicateurs issus de 34 sources indépendantes, l’évolution de la gouvernance dans chacun des 54 pays du continent africain au cours de la décennie 2006-2015. Pour la première fois cette année, l’Iiag inclut les résultats d’enquêtes d’opinions publiques menées sur le terrain par Afro baromètre. «Celles-ci permettent de mesurer la perception des citoyens africains sur la gouvernance de leur propre pays, apportant ainsi un éclairage complémentaire précieux aux résultats fournis par les évaluations d’experts et les données officielles», indique la Fondation Mo Ibrahim.

2)- Les conflits africains : accalmie fragile

Pour l’ensemble du continent, le nombre de conflits n’a pas augmenté ces dernières années, l’intensité des conflits en cours a même manifesté une tendance à la baisse. Les rares conflits armés internationaux sont terminés et les conflits armés internes internationalisés sont dorénavant, juridiquement, des conflits internes du fait du retrait des troupes étrangères (ce qui est notamment le cas de la RDC). Leurs victimes sont très majoritairement les populations civiles. Il convient de noter que les zones de conflit sont aussi celles des famines, des concentrations de personnes déplacées ou réfugiées et, souvent, de la malnutrition et des pénuries alimentaires (https://www.icrc.org/fre/assets/files/other/irrc_852_harnich.pdf). Une des causes profondes des conflits africains reste la pauvreté. De façon schématique, il y a des contextes qui connaissent une accalmie des hostilités en raison d’activités diplomatiques de la communauté internationale, mais dont l’avenir à moyen terme reste aléatoire. Cette catégorie comprend le Soudan, la RDC, la Côte d’Ivoire et les conséquences du conflit international Éthiopie/Érythrée. Dans une deuxième catégorie, on peut regrouper les contextes de conflits chroniques et de longue date, comme le Burundi, le Libéria, l’Ouganda, la République du Congo, la Somalie. Une troisième catégorie rassemble les situations qui pourraient se dégrader, notamment l’Érythrée, l’Éthiopie, la Guinée, le Zimbabwe sur le plan intérieur, le Nigéria, la République centrafricaine, le Tchad et le Togo. Enfin, il y a des contextes où la résolution du conflit est en bonne voie et qui ont des chances de revenir à la stabilité politique, comme c’est le cas en Angola, à
Madagascar, au Rwanda, et en Sierra Leone. S’il y a une baisse, aussi bien du nombre que de l’intensité des conflits sur le continent africain, il n’en reste pas moins que l’accalmie demeure très fragile.

B)- Des faiblesses persistantes

Le Président de l'Assemblée générale des Nations Unies, Peter Thomson s'est dit préoccupé par l'augmentation des actes de terrorisme (1), de l'extrémisme violent et de la criminalité transnationale organisée (2).

1)- Le terrorisme gagne du terrain dans les violences non étatiques

Comme ailleurs dans le monde, les attaques terroristes occupent une place grandissante dans les violences enregistrées en Afrique ces dernières années provoquant, en plus des destructions immédiates, des morts et des blessés, d’importants dégâts socioéconomiques aux effets durables. L’impact des attentats et des violences transfrontalières sur le progrès social est difficile à apprécier complètement. Néanmoins, les rapports d’organisations internationales en Afrique de l’Ouest montrent, par exemple, comment l’action des rebelles de Boko Haram déstabilise la sécurité au Nigéria et dans les zones proches du lac Tchad. Depuis 2009, plus de 15 000 personnes sont mortes et plus de 1.2 million ont été déplacées au Cameroun, au Niger, au Nigéria et au Tchad, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Au premier trimestre 2015, plus de 1 000 civils ont été assassinés. Et pour le seul Nigéria, quelque 600 enseignants été victimes de cette rébellion, sachant que plus de 2 000 écoles restent fermées, certaines depuis plus d’un an. Sans oublier les centaines d’autres qui ont été attaquées, pillées ou incendiées. On estime que plus d’un million d’enfants âgés de 7 à 15 ans dans la région sont déscolarisés, dont 380 000 depuis quatre ans, ce qui compromet leurs chances de compléter leur scolarité (UNICEF, 2015).

2)- Le crime organisé menace la paix et la sécurité humaine

La criminalité transnationale organisée, et en particulier le trafic de drogues illicites, s’appuie sur des structures logistiques internationales hautement organisées. Elle empiète les frontières nationales et régionales, en utilisant des réseaux criminels internationaux bien établis. En raison de la porosité des frontières, de la faiblesse des institutions étatiques et de la sécurité, l’Afrique de l'Ouest est de plus en plus employée par les trafiquants comme point de transit pour la drogue en provenance d’Amérique Latine, destinée aux marchés européens (https://www.unodc.org/westandcentralafrica/fr/newrosenwebsite/TOC/transn...). Les défis liés à la criminalité et à la drogue en Afrique de l'Ouest sont multiples, et plusieurs sont de nature transnationale. Les menaces posées par la criminalité transnationale organisée, reliées non seulement à la fabrication, trafic et consommation de drogues illicites, mais également à la traite des personnes, le trafic de migrants, et les crimes environnementaux, ont été amplifiées par la faiblesse du contrôle frontalier et par le blanchiment d'argent. Les énormes sommes d’argent en jeu peuvent compromettre les économies légitimes et avoir un impact direct sur les processus publics par « l’achat » d’élections grâce à la corruption. Ces fléaux profitent grandement leurs responsables et se traduisent en risques élevés pour les personnes qui en sont victimes. Chaque année, d'innombrables personnes perdent la vie au profit des acteurs du crime organisé, succombant à des problèmes de santé liés à la drogue, ou aux blessures par armes à feu.

CONCLUSION

À mesure que les pays africains se développent et que leurs ressortissants réclament une meilleure gouvernance, les institutions publiques et la société civile doivent assumer un rôle grandissant pour améliorer le fonctionnement du gouvernement. Les institutions et les services publics doivent être capables de satisfaire les attentes des populations pour davantage d’opportunités économiques. Mais il faut également adopter des politiques saines en faveur du bien-être et du développement pour éliminer les principales sources de tensions politiques. Au-delà de la satisfaction des attentes des populations, la capacité des institutions africaines à soutenir le développement dépend de leur aptitude à installer la paix et la confiance. Cela passe par des processus, des méthodes de gouvernance et des dispositifs décisionnels de meilleure qualité, conjugués à un contrôle et un respect des règles plus efficaces. Des institutions dont le mandat est fixé par la constitution peuvent améliorer la responsabilisation, la transparence et la réactivité des pouvoirs publics et, ce faisant, avoir un impact sur les perspectives de développement durable.

Dr. Emmanuel MOUBITANG