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Sommet de la Valette : migrations, asile et sécurité européenne

Soumis par Dr. Abdoulaye Moussa le sam, 11/14/2015 - 23:57

Sommet de la Valette : migrations, asiles et sécurité européenne

 

Un sommet portant sur la migration s’est déroulé à  La Valette (Malte) les 11 et 12 Novembre 2015. De nombreux chefs d’Etat et de gouvernements européens étaient présent à l’image de François Hollande et d’Angela Merkel. Mais de nombreux chefs d’Etat et de Gouvernement  africains étaient également présents. Les pays les plus sensibles aux questions de migrations (Libye, Erythrée, Maroc)  étaient cependant représentés par des ministres des affaires étrangères. Ce sommet portait sur 5 axes de coopérations à savoir :

  • s’attaquer aux causes profondes de la migration en œuvrant à la paix, à la stabilité et au développement économique
  • améliorer le travail sur la promotion et l’organisation de filières de migration légales
  • renforcer la protection des migrants et des demandeurs d’asile, en particulier des groupes vulnérables
  • s’attaquer plus efficacement à l’exploitation et au trafic des migrants
  • coopérer plus étroitement en ce qui concerne les retours et les réadmissions

Le sommet prévoit la mise ne place d’un fonds fiduciaire d'urgence de l'UE pour lutter contre les causes profondes de la migration irrégulière en Afrique doté de 1,8 milliard d’euros pour lesquelles les promesses ne sont pour le moment que de  81,3 millions d’euros. Ces chiffres font bien entendu sourire coté africain lorsqu’on sait que la Turquie devrait vraisemblablement  à elle seule drainer trois milliards d’euros pour l’accueil des demandeurs d’asile syriens. La Turquie a d’ailleurs été particulièrement sollicitée lors de la conférence de presse du président français, François Hollande, le 12 Novembre dans le cadre d’un Conseil européen informel en marge du sommet de La Valette. Un sommet UE-Turquie devrait d’ailleurs se dérouler le 22 Novembre pour clarifier la coopération entre les deux parties.

Que dire donc de la déclaration politique et du plan d’action issus de ce sommet ? Pas grand-chose ! Des documents pavés de bonnes intentions et de causes nobles pour lesquels un tel rassemblement n’était probablement pas nécessaire. Dans la déclaration politique, les Etats réunis à La Valette, s’inquiètent de l’augmentation «des flux de réfugiés, de demandeurs d’asile et de migrants en situation irrégulière », s’accordent pour « reconnaitre que la première priorité dans ce contexte est de sauver des vies », indiquent être « fermement résolus à respecter les obligations internationales et le droits de l’homme », s’engagent à s’ « attaquer aux causes profondes de la migration irrégulière et des déplacements forcé » ou encore à « prévenir et combattre le trafic de migrants, éradiquer la traite des humains, et lutter contre ceux qui exploitent des personnes vulnérables ».

Le plan d’action détaille les dispositions qui seront prises pour atteindre ces objectifs : doubler par rapport à 2014 le nombre de bourses pour étudiants et chercheurs africains en 2016, améliorer l'accès des populations déplacées aux services de base, réduire d'ici 2030, les coûts de transaction des transferts de fonds à moins de 3%, promouvoir le rôle joué par la diaspora dans les pays d’origine, prévenir de nouveaux conflits, lutter contre la corruption ou encore renforcer les capacités des autorités des pays d’origine des migrants dans divers domaines logistiques et opérationnels et lancer des projets conjoints.

A ceux qui s’attendaient à un plan Marshall pour l’Afrique en vue de limiter les migrations tout en favorisant le développement, il faudra patienter. Le temps n’est de toute façon pas propice à ces questions. L’Europe dans le contexte sécuritaire et économique actuels, en dehors des programmes de coopération déjà existants, ne cherche pas à aider l’Afrique, elle attend une aide de l’Afrique tout comme elle en attend une de la Turquie.

Parallèlement, le plan de relocation de 160 000 personnes nécessitant une protection internationale obtenu le 22 septembre a du mal à se mettre en place et les frontières se ferment de manière progressive comme en Suède et de manière surprenante en Allemagne, suite au revirement de la Chancelière Angela Merkel sur la question des réfugiés et l’application des règles de Dublin. Cette crainte de la fermeture des frontières est encore plus inquiétante depuis les attentats tragiques qui ont frappé la capitale française, Paris, le 13 Novembre 2015. Et la présence sur l’un des lieux de l’attentat d’un passeport syrien (au stade de France) ne va pas arranger les choses, même si pour le moment aucun lien n’est établi avec les auteurs des attentats de Paris.

L’Europe a ainsi besoin du soutien de l’Afrique pour contenir les migrations illégales et de la Turquie pour contenir les demandeurs d’asile syriens, parce que l’Europe en a besoin dans le contexte sécuritaire actuel. Les attentats qui ont eu lieu à Paris renforceront certainement cette conviction dans les jours et les semaines à venir. Les conditions de traitement et d’accueil des demandeurs d’asiles se durciront certainement, mais il est difficile à l’heure actuelle d’entrevoir une issue autre que celle-ci.