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UNESCO, poursuite de la querelle sur la dénomination des Lieux-saints de Jérusalem

Portrait de Pr. Philippe WECKEL
Soumis par Pr. Philippe WECKEL le sam, 10/22/2016 - 22:41

 

Une résolution du Conseil exécutif de l'UNESCO adoptée le 18 octobre dernier relance la polémique au sujet de la dénomination des Lieux-saints entamée en avril dernier.

SENTINELLE, Bulletin 476 du 22.05.2016 "La France et la décision du Conseil exécutif de l'UNESCO sur la Palestine occupée", Philippe WECKEL

"Il s’agit d’une résolution désormais répétitive qui est rituellement adoptée à chaque session du Conseil exécutif avec des adaptations mineures tenant compte des événements récents", avait-on écrit ici alors. Effectivement le nouveau texte est similaire à celui du printemps dernier. Le passage qui avait suscité une levée de boucliers ("fausses tombes juives" ...) a été supprimé. Le contenu de la critique a évolué, puisqu'elle repose désormais exclusivement sur une accusation d'ordre général : la résolution nierait ou renierait le caractère juif de Jérusalem.

On peut tout-à-fait regretter que les promoteurs arabes du projet n'aient pas mis à profit ce semestre pour améliorer un texte qui, en l'état, alimente légitimement la suspiçion d'expropriation sémantique, pour reprendre l'expression employée par le journal Le Monde. Toutefois, l'affirmation de "la réalité historique du caractère juif de Jérusalem" suscitera les mêmes critiques d'appropriation des Lieux-saints. On espère que le sens de la tolérance religieuse partagé par tous épargera à la Communauté internationale une nouvelle querelle des Lieux-saints... Comme au mois d'avril, la (vraie) position de l'UNESCO a été exprimée avec ferveur par la Directrice générale, Madame Irina Bokova.

Il convient de remarquer que les votes ont fortement évolué d'une session à l'autre. Les voix pour la résolution sont passées de 33 à 23 : le texte n'a donc plus le soutien que d'une minorité d'Etats au sein du Conseil exécutif de l'UNESCO. Par contre les efforts déployés par Israël contre le texte n'ont pas eu d'incidence sur le nombre de voix contre (6). Les critiques dirigées contre la partialité du texte n'entraînent pas de ralliements à la politique d'Israël à Jérusalem.

La question du "repentir" après le vote s'est à nouveau posée. Le Mexique a modifié son vote entre l'adoption du projet de décision par la Commission du Programme et des relations extérieures (PX) le 12 octobre et le scrutin du 18 octobre au Conseil exécutif. Un temps, la presse israélienne a envisagé à tort le réexaman du texte après le changement d'opinion du Mexique : le suffrage n'est pas un engagement juridique et il est par nature irrévocable. Le Premier ministre italien, Mateo Renzi, a également exprimé des regrets au sujet de la position d'abstention adoptée par son pays et il a annoncé que ce dernier voterait désormais contre la décision du Conseil exécutif. Le ministre israélien a déclaré 

“Our efforts will continue and we expect all countries to support our position on this issue”

S'il s'agit d'inviter le Conseil exécutif à se donner le temps de trouver les formules consensuelles qui préserveront l'équilibre entre les trois religions, on ne peut que souhaiter un tel résultat.  La délégation palestinienne cherche à imposer systématiquement l'usage des noms arabes s'agissant des dénominations visant les Lieux-saints, ceux de Jérusalem notamment. Il s'agit d'une stratégie politique qu'on ne discutera pas ici. Israël n'est pas moins stratège dans ses agissements : là où il est question du statut des Lieux-saints, il évoque plutôt Jérusalem, une Jérusalem juive - ou du moins israélienne - sans partage. Les arrière-pensées des deux parties au conflit sont donc évidentes dans cette discussion sur une résolution du Conseil exécutif de l'UNESCO. Néanmoins elles ne sont pas seules concernées. En effet, les Lieux-saints sont consacrés à la coexistence des religions dans la tolérance mutuelle. A cet égard - en tant que témoignage et symbole des (dans leur pluralité) spiritualités - Jérusalem n'est pas l'héritage d'une communauté nationale ou religieuse, mais l'apanage de l'humanité tout entière.

 

Documents :

présenté par l’ALGÉRIE, l’ÉGYPTE, le LIBAN, le MAROC, OMAN, le QATAR et le SOUDAN