Vous êtes ici

Vers la prise en main de la lutte contre Boko Haram par le Conseil de Sécurité de l’ONU ?

Soumis par Pr. Brusil METOU le sam, 01/14/2017 - 11:16

Réunion du conseil de sécurité du 12 janvier 2017 sur la situation dans la sous-région du Lac Tchad en proie aux attaques terroristes- volets sécuritaires et humanitaires de la crise relevés- Appui nécessaire du conseil de sécurité à la Force Multinationale Mixte- Nécessaire solidarité pour relever les défis dans cette région- Indispensable adoption d’une stratégie commune en Afrique Centrale et occidentale-

Le conseil de sécurité des Nations Unies a tenu une réunion sur la situation dans la région du Lac Tchad le 12 janvier 2017, en proie aux attaques terroristes depuis quelques années déjà. (Voir http://www.un.org/press/fr/2017/cs12679.doc.htm) Devant le conseil de sécurité des Nations Unies, deux hauts responsables des Nations Unies ont rappelé que le groupe extrémiste Boko Haram restait capable de mener des attaques dans les pays de la région du bassin du lac Tchad même s'il a perdu une bonne partie du territoire qu'il contrôlait. Pour le Sous - Secrétaire général aux affaires politiques, Taye-Brook Zerihoun, « Malgré les louables efforts militaires de la région contre Boko Haram (…), Boko Haram conserve la capacité de mener des attaques ». Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Stephen O'Brien, a noté pour sa part une intensification de la crise humanitaire dans le nord-est du Nigéria et dans certaines parties du Cameroun, du Tchad et du Niger, déclenchée par la campagne « horrible, violente et inhumaine de Boko Haram ». « Bien que Boko Haram ait perdu une grande partie du territoire qu'il contrôlait autrefois - mais pas la totalité -, les raids et attentats suicides visant des civils continuent de causer des destructions, de la peur, des traumatismes psychologiques et physiques, d'empêcher les gens d'accéder aux services essentiels et de détruire des moyens de subsistance et des infrastructures vitales », a-t-il ajouté, précisant que 2,4 millions de personnes sont actuellement déplacées, dont 1,5 million d'enfants. Il a été relevé également qu’en dépit des efforts fournis par la Force Multinationale Mixte créée par l’union africaine pour lutter contre cette secte extrémiste, Boko Haram continuait de perpétrer des violences contre des civils dans la région du bassin du lac Tchad, violences qui prennent la forme d’enlèvements et d’attentats-suicides et d’attaques commises contre des localités, sans compter la dissémination d’engins explosifs improvisés.  D’ailleurs, depuis octobre 2016, le groupe terroriste a réorienté ses offensives vers des cibles militaires, même s’il reste à déterminer si les militaires sont bel et bien ceux qui sont visés. « La tendance qui se dégage des attaques récentes semble conforme à la ligne défendue par Barnawi, désireux de s’en prendre moins aux civils musulmans qu’aux cibles militaires, occidentales et chrétiennes », a estimé le Sous-Secrétaire général, en faisant état d’attaques meurtrières commises les 3, 7 et 8 janvier 2016. « Les quatre pays du bassin du lac Tchad –Tchad, Nigéria, Cameroun et Niger– sont indifféremment touchés par le fléau de Boko Haram, dans un contexte de crise financière et de tensions politiques et sociales.  Ils ont besoin du soutien du Conseil de sécurité et de l’ensemble de la communauté internationale pour réussir dans leurs efforts en vue de rétablir la stabilité et de renforcer la résilience des communautés touchées », a plaidé M. Tayé-Brook Zerihoun. Cette réunion a permis au conseil de sécurité de mettre en exergue les nombreux problèmes auxquels sont confrontés les pays de la sous-région du lac Tchad (I) et d’envisager des pistes de solutions pour y faire face (II).

I.Les problèmes

Au-delà des divers volets de la crise qui secouent la région du Lac Tchad qui ont été soulevés au cours de la réunion du 12 janvier 2017, les délégations ont été relevé la négligence de cette crise par le conseil de sécurité.

A.La négligence de la situation dans le bassin du Lac Tchad par le conseil de sécurité

Depuis le début de la lutte contre Boko Haram, le conseil de sécurité ne s’est pas impliqué de manière substantielle dans ce combat. D’ailleurs, la résolution approuvant la création de la Force Multinationale Mixte reste toujours attendue. C’est en ce sens que le Représentant de la France a déclaré que : « La situation dans la région du bassin du lac Tchad est sortie des radars internationaux alors que notre appui n’a jamais été aussi nécessaire ». Comme l’a relevé le délégué de l’Ukraine, la situation dans le bassin du lac Tchad était l’une des plus négligées dans le monde.  Jusqu’à présent, la communauté internationale n’a pas beaucoup réussi à résoudre les multiples problèmes complexes de la région, non pas par manque d’efforts mais par manque de compréhension de la manière de les traiter à la fois.  Comment le Conseil de sécurité peut réagir efficacement à cette crise, en plus d’exprimer ses profondes inquiétudes et de réclamer une plus grande prise de conscience internationale, s’est interrogé le représentant. Il faut, a-t-il dit, trouver un rôle approprié pour le Conseil.  Tout d’abord, il doit être pleinement conscient qu’une crise humanitaire en perpétuelle détérioration peut se transformer en une véritable menace pour la paix et la sécurité dans la région. Il a ainsi plaidé pour que le Conseil de sécurité s’engage dans une discussion sérieuse sur la façon de renforcer l’utilisation des mécanismes de sanctions existants contre les membres de Boko Haram et ses affiliés.  Ainsi, les apports et les initiatives pertinents de la région contribueraient grandement aux travaux du Conseil sur ce sujet. Enfin, pour tout progrès en vue d’atténuer l’immense souffrance des populations du bassin du lac Tchad, l’amélioration des conditions socioéconomiques doit être une priorité. Allant dans le même sens, le représentant de la Suède a estimé que la séance de réunion qui se tenait, est la conséquence d’un échec dû au fait qu’on n’a pas agi assez tôt.  Il ne faut pas stigmatiser, a-t-il souligné, tout en appelant à mettre en évidence une crise trop négligée.  Notant la complexité de la situation et le niveau élevé des souffrances humaines, il a rappelé que les causes fondamentales de la crise sont très profondes.  Il a notamment cité les changements climatiques et la désertification qui contribuent à l’insécurité alimentaire et créent des conditions propices aux conflits.

Au regard de ces constats, M. O’Brien a appelé le Conseil de sécurité à soutenir les mesures prises aux niveaux national et régional, la Conférence sur le Nigéria et le bassin du lac Tchad organisée en Norvège le 24 février, les stratégies de développement locales, ainsi que les organisations locales, nationales et internationales qui œuvrent dans ce sens.

B.Les volets de la crise dans la sous-région du Lac Tchad

A la crise sécuritaire dans le Bassin du Lac Tchad s’est ajoutée une crise humanitaire sans précédent. Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, M. Stephen O’Brien, a dressé un bilan accablant.  Selon lui, 10,7 millions de personnes ont actuellement besoin d’une assistance dans le bassin du lac Tchad, contre neuf millions en juillet 2016: 8,5 millions de personnes dans le nord-est du Nigéria et 1,6 million de personnes dans le nord du Cameroun.  Il y a, en outre, 2,4 millions de personnes déplacées, dont la plupart des enfants, a poursuivi M. O’Brien, en rappelant qu’au cours de sa dernière mission au Nigéria et au Niger, il avait constaté que 80% des personnes déplacées sont toujours accueillies par des communautés locales, « parmi les plus pauvres au monde ». Il s’agit d’une des crises humanitaires actuelles les plus graves, a alerté le Secrétaire général adjoint, en révélant que le nombre de personnes souffrant d’insécurité alimentaire dans le bassin est passé de trois millions il y a un an à 7,1 millions aujourd’hui, en dépit des efforts de l’ONU et de ses partenaires.  Cette crise humanitaire s’est aggravée par une insécurité alimentaire grave, a alerté le Secrétaire général adjoint: c’est aujourd’hui une des plus grandes crises humanitaires au monde.  Le nombre de personnes qui souffrent d’insécurité alimentaire dans la région est passé de 3 millions il y a un an à 7,1 millions aujourd’hui, et ce, malgré les efforts de l’ONU et de ses partenaires.  C’est la libération de personnes aux mains de Boko Haram après l’offensive du Gouvernement qui a révélé le nombre considérable de personnes oppressées, affamées et victimes d’abus, a-t-il dit pour expliquer l’ampleur de ces chiffres. 

Les besoins en termes de protection sont sévères, a-t-il poursuivi, en signalant de graves violations quotidiennes des droits de l’homme et du droit international humanitaire, qui se traduisent par des pertes en vies humaines, des blessés, des violences sexuelles ou sexistes, des détentions arbitraires, ainsi que des disparitions, des déplacements et des recrutements forcés.  Rien qu’au nord-est du Nigéria, plus de 7 000 femmes et filles ont été victimes de violences sexuelles commises par Boko Haram, a-t-il précisé en expliquant qu’après leur libération, elles ont été considérées comme des sympathisantes de Boko Haram. 

Pour réagir à ce problème, les Nations Unies et leurs partenaires ont fourni des soins et un soutien à 5 900 femmes et enfants qui ont été associés ou victimes de  violences sexuelles par des membres de Boko Haram, une aide qu’il faudrait, selon lui, améliorer davantage.  Il a recommandé de travailler avec le Gouvernement et les communautés pour lutter contre la stigmatisation de ces femmes. L’équipe spéciale commune internationale de l’Union africaine a permis de faire fuir beaucoup de terroristes de Boko Haram hors du Cameroun, du Tchad et du Niger, ce qui a permis de concentrer les efforts sur les besoins du nord-est du Nigéria où l’on compte 5,1 millions de personnes en grave situation d’insécurité alimentaire.  Tout cela s’ajoute à une malnutrition chronique sévère et modérée qui sévit dans toute la région du Sahel.  M. O’Brien a souligné la particulière vulnérabilité des enfants du nord-est du Nigéria et du bassin du lac Tchad où le taux de mortalité des moins de 5 ans parmi les personnes déplacées est quatre fois plus élevé que le seuil d’urgence.  Dans l’État du Borno, il y a 300 000 enfants en déficience alimentaire et 150 000 de plus dans les États d’Adamawa et de Yobe.

II.Les pistes de solutions envisagées

Malgré ces tendances inquiétantes, le Secrétaire général adjoint a exprimé un espoir pour 2017.  Maintenant que le Gouvernement du Nigéria reprend progressivement le contrôle de son territoire au nord-est du pays, il faut étendre l’aide humanitaire et la protection, ainsi que les services de base.  Il a indiqué que l’aide de l’ONU et des gouvernements de la région du bassin du lac Tchad avait permis, au cours des six derniers mois, de fournir une aide alimentaire à 2,1 millions de personnes, des soins de santé d’urgence à plus de 4 millions et de l’eau et des services d’assainissement à 1,7 million.  Il a aussi donné le détail de l’aide apportée par l’UNICEF en 2016 qui a notamment offert des traitements pour sauver la vie de 160 000 enfants en déficience nutritionnelle, des soins de santé à plus de 4 millions de personnes et des espaces d’enseignement à plus de 100 000 enfants.  M. O’Brien a rappelé avoir débloqué 91 millions de dollars du Fonds central pour les interventions d’urgence depuis juillet 2015 pour financer tous ces efforts. Il a salué la bonne coopération de l’ONU avec les gouvernements des pays touchés, ceux-ci ayant amélioré leur réponse humanitaire.  Le Gouvernement du Nigéria, par exemple, a nommé un coordonnateur humanitaire en chef en octobre 2016.  Plusieurs gouvernements de la région subissent cependant des contraintes budgétaires dues à la récession économique et aux coûts des opérations militaires contre Boko Haram, a-t-il prévenu en soulignant leurs besoins de financement.  Il a aussi insisté sur la nécessité de fournir à ces pays une aide urgente pour traiter les causes profondes de la crise comme la pauvreté, lançant un véritable appel à la solidarité.  Cette crise revêt un caractère urgent, a-t-il répété en suggérant par exemple de soutenir le secteur agricole de ces pays. Il a été vivement relevé l’urgence d’un appui du conseil de sécurité à la Force Multinationale Mixte, et l’adoption d’une stratégie commune entre l’Afrique Centrale et l’Afrique de l’ouest pour faire face à cette menace.

A. L’appui nécessaire du conseil de sécurité à la Force Multinationale Mixte

1.Les efforts louables de la FMM

De nombreux efforts ont été fournis par les pays du Bassin du Lac Tchad pour lutter contre Boko Haram. C’est la raison pour laquelle, le représentant du Nigéria s’est, au cours de cette réunion du conseil de sécurité, enorgueilli des progrès significatifs accomplis par son pays contre Boko Haram: « avant Noël, l’armée a repris la forêt de Sambisa, l’ancien repaire des combattants du groupe terroriste ».  Conscient des défis de développement qui se posent dans la région, y compris le rétrécissement du lac Tchad, son gouvernement a initié des programmes pour restaurer les moyens de subsistance des communautés dans les régions touchées, a-t-il dit. En effet, des violations graves des droits de l’homme et des abus ont accompagné les attaques de Boko Haram et les opérations antiterroristes.  Femmes et filles restent exposées à la violence sexuelle, y compris l’esclavage sexuel et le mariage forcé.  Les opérations contre-insurrectionnelles, tant par des forces nationales que par la FMM, ont été entachées d’accusations de violations du droit international humanitaire, et les suspects d’appartenir à Boko Haram subissent des conditions de détention extrêmes, y compris les enfants.  Alors que M. Zerihoun s’alarmait des allégations de violations des droits de l’homme commises par la Force multinationale mixte, le représentant du Nigéria a assuré que la stratégie antiterroriste privilégiée par son gouvernement inscrivait les opérations militaires dans le cadre d’une approche fondée sur les droits de l’homme, « pour contribuer à la réalisation de la réhabilitation, de la réinsertion et de la reconstruction ».  Il faut noter, a ajouté le représentant, que les écolières kidnappées à Chibok « restent dans la conscience nationale du Nigéria ».  Son pays œuvre d’arrache-pied à la remise en liberté de tous les Nigérians détenus par Boko Haram, y compris les filles de Chibok, a-t-il insisté.  S’exprimant par visioconférence depuis Maiduguri, au Nigéria, Mme Fatima Yerima Askira, la Coordonnatrice pour l’initiative de développement pour les femmes de Borno et les programmes de jeunes au sein de Search for Common Ground Nigeria, a plaidé de son côté en faveur de la création d’une architecture de paix régionale, à laquelle les femmes et les filles devront être associées. Soulignant l’urgence qui s’attache à l’élimination de la menace posée par Boko Haram, le délégué de la Russie a appuyé les efforts de la Commission du bassin du lac Tchad et de la Force multinationale mixte.  Il a également salué la décision de l’Union africaine en juillet 2016 de créer un Fonds de lutte contre le terrorisme.  Enfin, le délégué de la Fédération de Russie a souligné la nécessité de remédier aux causes profondes de la situation dans la région et promis l’aide de son pays. M. Ihab Moustafa Awad Moustafa de l’Égypte a loué les succès engrangés par la Force multinationale mixte contre Boko Haram et demandé que la communauté internationale lui fournisse un appui renforcé.  Il a également demandé une aide accrue pour les programmes de réintégration des anciens combattants de Boko Haram. 

Le délégué de l’Égypte a défendu une approche globale visant à remédier aux causes profondes de la crise, qui prévoirait notamment le renforcement des capacités des pays de la région et une intensification des efforts de développement.  Il a souhaité, en outre, que la Stratégie intégrée de l’ONU pour le Sahel soit pleinement appliquée. Pour le représentant de l’Uruguay, le lac Tchad avait perdu 90% de sa superficie au cours de ces dernières années et 10 millions d’habitants, « soit trois fois la population de mon pays ».  La dimension transnationale de la crise découle de causes connues de tous, mais l’avenir, a-t-il déploré, n’incite guère à l’espoir si l’on songe à l’absence d’« instrument » pour sortir de la crise et parvenir à une paix pérenne. C’est pourquoi l’Uruguay a jugé nécessaire de rendre hommage à la Force multinationale mixte, fruit des efforts régionaux concertés pour répondre à l’aspect sécuritaire de la crise.  Mais la délégation a vivement encouragé à rechercher des solutions de long terme à la situation. Selon le Représentant de l’Éthiopie, les menaces posées par Boko Haram doivent être examinées en relation avec l’ensemble de celles qui se posent dans la région, a estimé la délégation, en invitant à mettre au point une « stratégie de lutte globale contre le terrorisme ». Devant la détérioration de la situation humanitaire dans la région, la délégation a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle se mobilise en vue de mettre fin à une crise multidimensionnelle. Le représentant du Kazakhstan a condamné l’attaque meurtrière qui s’est produite l’année dernière à Maiduguri, avant d’appuyer les efforts des pays de la région du bassin du lac Tchad contre Boko Haram.  Il a indiqué que la situation humanitaire dans la région continuait de se dégrader malgré les succès militaires engrangés contre Boko Haram. 

2.L’appui du conseil de sécurité requis

Le  sous-secrétaire général aux affaires politiques, M. Zerihoun, a relevé que la FMM mène actuellement des opérations militaires sur les berges du lac Tchad.  L’opération est confrontée à des défis uniques, notamment un terrain difficile, un manque de capacités.  « La contribution de 50 millions d’euros promise par la Commission de l’Union européenne à la Commission de l’Union africaine à l’appui de la Force et des fonds fournis par d’autres donateurs bilatéraux doivent être versés en temps opportun à la Commission du bassin du lac Tchad pour permettre à la FMM de relever les défis auxquels elle est confrontée. Mais une approche militaire n’entraînera pas la fin de Boko Haram, selon le Sous-Secrétaire général. Les pays touchés doivent simultanément s’attaquer aux conséquences humanitaires ainsi qu’aux causes profondes qui ont conduit à l’émergence du groupe, a prévenu le haut fonctionnaire.  Les opérations militaires doivent être suivies de mesures de stabilisation, de rétablissement de l’autorité de l’État et de traitement des griefs sociaux, économiques et politiques au sein des communautés marginalisées.  « Les quatre pays du bassin du lac Tchad sont indifféremment touchés par le fléau de Boko Haram, dans un contexte de crise financière et de tensions politiques et sociales.  Ils ont besoin du soutien du Conseil de sécurité et de l’ensemble de la communauté internationale pour réussir dans leurs efforts en vue d’assurer la stabilité et renforcer la résilience des communautés touchées. » 

La représentante des États-Unis, Madame Samantha Power, a souhaité que le Conseil se rende sur place pour constater de lui-même l’ampleur de la crise.  « Nous devrions être tous touchés par les souffrances de ces personnes déplacées », a-t-elle insisté, en déplorant l’audience clairsemée de cette séance du Conseil. Elle a demandé une intensification de la riposte internationale à Boko Haram, avant de louer la bonne coordination des pays de la région dans les opérations militaires qu’ils conduisent.  « Ces opérations méritent notre plein appui », a-t-elle dit, ajoutant que son pays leur apportait son concours. Mme Power a ensuite invité l’ONU à travailler avec les gouvernements de la région afin d’apporter une aide humanitaire, et ce, même à proximité de la ligne de front.  Elle a en particulier demandé au Gouvernement nigérian de remédier aux goulots d’étranglement qui empêchent le bon acheminement de l’aide dans le nord-est du pays.  La situation dans la région du bassin du lac Tchad est ignorée, a conclu Mme Power, en appelant le Conseil à en faire davantage.

Le Représentant du Royaume-Uni, M. Peter Wilson, a déclaré que la situation actuelle dans le bassin du lac Tchad risque de s’aggraver compte tenu des mauvaises récoltes.  Il a donc appelé les bailleurs de fonds à se mobiliser pour apporter une réponse adéquate, alors que l’ONU a estimé à un milliard de dollars les besoins au Nigéria et à 310 millions ceux du Cameroun.  Mais l’argent ne suffit pas, il faut aussi faire preuve de leadership, a estimé le représentant.  La tenue prochaine d’un sommet régional sur Boko Haram sera l’occasion de voir un tel leadership émerger, a fait remarquer le représentant britannique. Pour lui, un des défis les plus urgents est le retour forcé de populations dans des régions où ces personnes déplacées sont susceptibles d’être exposées à des violences.  En outre, a-t-il souligné, les femmes ont également leur mot à dire en matière de paix et de sécurité et il est donc essentiel de les associer  aux processus de paix et de les protéger des violences, en particulier les violences sexuelles.  La fourniture, par Médecins sans frontières, de 810 tonnes de vivres au cours des derniers mois, est un exemple à suivre, a relevé le représentant britannique.  Voilà l’esprit qui doit animer chacun d’entre nous, alors que pourtant, une organisation de santé n'est pas tenue d’apporter une aide matérielle.  M. François Delattre, Représentant de la France, a affirmé que Boko Haram, bien qu’affaibli, conservait de fortes capacités de nuisance.  La situation dans la région du bassin du lac Tchad est sortie des radars internationaux alors que notre appui n’a jamais été aussi nécessaire, a-t-il fait remarquer.  Insistant sur le coût, tant militaire que financier des opérations engagées contre Boko Haram, le délégué a souligné l’appui de la France aux pays de la région, en particulier le Tchad et le Niger.  Les opérations militaires, a estimé M. Delattre, ont fait preuve de leur efficacité. Le délégué a demandé à l’ONU de poursuivre ses efforts pour répondre aux besoins humanitaires immenses dans la région, en espérant que les centres d’approvisionnement par lesquels l’aide humanitaire doit transiter, seront bientôt  opérationnels.  Il a précisé que la France a fourni, en 2016, une aide de 13,5 millions d’euros pour les pays affectés par Boko Haram.  Enfin, M. Delattre a mis l’accent sur l’importance du développement de la région, sous peine de voir les groupes terroristes se renforcer.  La région du bassin du lac Tchad doit être au cœur des activités du Conseil, a conclu le délégué, en appuyant l’idée d’une visite prochaine du Conseil dans la région. Le délégué de la Chine, M. Wu Haito s’est alarmé lui aussi de la détérioration des conditions de sécurité et de la situation humanitaire dans le bassin du lac Tchad, qui appelle une mobilisation sans précédent contre les opérations terroristes menées par Boko Haram, afin de permettre à la Force multinationale mixte (FMM) de mener à bien son mandat. La communauté internationale, dans ce contexte, doit respecter la primauté du rôle joué par les organisations régionales et sous-régionales pertinentes, nommément la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).  La Chine, a assuré son représentant, est disposée pour sa part à coopérer avec la communauté internationale et les pays de la région pour rétablir la stabilité autour du lac Tchad.

B.Le renforcement de la solidarité

Au cours de la réunion du 12 janvier, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, M. O'Brien, a déclaré que : « C'est le moment de se montrer solidaire des populations du Nigéria, du Cameroun, du Tchad et du Niger ». « Cette crise est urgente. Sans notre action, sans notre engagement politique, sans notre assistance humanitaire et notre aide au développement, nous ne serons pas en mesure d'empêcher que cette crise ne se prolonge encore plus ». M. O’Brien a remarqué que la communauté internationale était aujourd’hui plus attentive à la crise sécuritaire et humanitaire de cette région.  Au Nigéria, qui est l’épicentre de la crise, les Nations Unies ont un nouveau et fort leadership, ainsi qu’une étroite coordination avec le Gouvernement, a-t-il indiqué en se réjouissant de l’intention du Conseil de sécurité de se rendre sur le terrain prochainement.  Il s’est également félicité de l’engagement accru des donateurs qui ont contribué au-delà de 238 millions de dollars pour répondre à la crise humanitaire au deuxième semestre de 2016, triplant ainsi leur contribution par rapport à la première partie de l’année.  L’appel humanitaire de 2016 a ainsi été financé à hauteur de 49%, a-t-il dit en souhaitant un engagement encore plus important pour combler les besoins.  C’est pourquoi il a doublé les demandes de financement pour 2017: l’appel humanitaire 2017 pour la région est ainsi de 1,5 milliard de dollars.

Le chef de l'humanitaire de l'ONU s'est félicité des efforts des bailleurs de fonds pour répondre à la crise humanitaire dans le bassin du lac Tchad, avec des contributions s'élevant à plus de 238 millions de dollars au deuxième semestre de 2016, triplant ainsi le montant des six premiers mois de l'année. « Malgré cette accélération des contributions dont je me félicite, nous avons besoin que les bailleurs de fonds puisent encore plus dans leurs réserves. Nous avons aussi besoin de davantage de bailleurs de fonds », a-t-il dit.

M. Zerihoun a rappelé que les Nations Unies restaient engagées et prêtes à soutenir les efforts régionaux visant à répondre aux conséquences et aux causes profondes de la crise provoquée par Boko Haram.

C. L’urgence de l’adoption d’une stratégie commune

Le sous-secrétaire général aux affaires politiques s’est dit préoccupé par « l'apparent échec de la Communauté économique des États d'Afrique centrale et de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest à organiser leur Sommet ministériel conjoint prévu de longue date sur Boko Haram ». C’est la raison pour laquelle, «L’ONU continue d’encourager la région à élaborer une « stratégie commune » pour s’attaquer aux causes profondes de la crise de Boko Haram.  L’appui du Conseil de sécurité pour inciter la CEEAC et la CEDEAO à convoquer leur réunion conjointe souligne l’« urgence » de la question.», a-t-il ajouté. Allant dans le même sens, le Représentant du Sénégal, M. Ciss,  a souligné l’importance pour la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) de tenir leur sommet ministériel conjoint sur Boko Haram.  Le représentant a également plaidé en faveur d’un effort de sensibilisation et de communication avec les leaders religieux et communautaires pour contrecarrer l’appel de l’extrémisme violent.  Il a enfin demandé au Conseil de sécurité de marquer sa solidarité avec les pays de la région, notamment en dépêchant prochainement une délégation dans la région du bassin du lac Tchad.

Archives

Lutte contre Boko Haram : La force multinationale mixte entre en action, Bulletin 455 du 06.12.2015

Les contours de la force multinationale contre Boko Haram dessinés (Bulletin n°422 du 15/02/2015)

La régionalisation de la lutte contre Boko Haram à Niamey (Pr. Metou Brusil Miranda)

Vers un sommet de l'UA consacré à la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme (Pr. Metou Brusil Miranda)

Lutte contre Boko Haram : Le temps d’une action collective (Pr. Metou Brusil Miranda)