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FOCUS-Ukraine, de faux observateurs internationaux et une contrefaçon de la dénomination de l’OSCE pour cautionner les élections de l'entité séparatiste de Donetsk

Portrait de Pr. Philippe WECKEL
Soumis par Pr. Philippe WECKEL le mer, 01/07/2015 - 21:11
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A Donetsk conférence de presse d'un groupe de personnalités européennes assurant une mission d'observation des élections organisées par la "République de Donetsk" pour le compte d'une entité inconnue dénommée "Association pour la coopération et la sécurité en Europe" (ASCE) - Imposture préjudiciable aux activités des observateurs internationaux - Contrefaçon de la dénomination de l'OSCE - Volonté flagrante de manipuler l'opinion publique - Question de l'implication de parlementaires européens - Sanctions européennes visant la collaboration avec les entités séparatistes du Donbass - Incompatibilité de ces élections avec le Protocole de Minsk affirmée par l'OSCE - L'OSCE dément par Twitter sa participation à la soi-disant élection

 

Le Centre de presse du gouvernement et du soviet suprême de la « République de Donetsk » a annoncé la tenue d’une conférence de presse le 1er novembre par les « observateurs européens » d’une « Association pour la paix et la sécurité en Europe », grossière imitation de l’OSCE (l’annonce sur le site officiel de la DNR). Ils ont présenté leur mission de supervision des élections organisées par l’entité séparatiste. Plusieurs journalistes de Donetsk ont confirmé avoir reçu une invitation.

Cette forme de supercherie prêterait peut-être à sourire et elle n’est que l’une des multiples impostures que l’on a pu constater dans le contexte de la crise en Ukraine. Elle est cependant fortement dommageable à l’activité des observateurs internationaux. Elle rappelle un incident très récent qui a suscité une vive réaction de l’OSCE. Un acteur russe populaire a été filmé pour la télévision, vêtu comme un correspondant de guerre et tirant à la mitrailleuse vers l’aéroport de Donetsk (la vidéo). Pour les correspondants des organes de presse ces marques d’identification constituent les seuls éléments de protection et on sait que les journalistes paient un très lourd tribut au service de l’information. Le représentant de l’OSCE pour la liberté de la presse a condamné cet incident en ces termes :

“This is a deplorable and shameful abuse of press insignia. It puts journalists in conflict zones at grave risk and it is detrimental to all efforts made to protect members of the media”.

“Journalists’ safety is paramount and press insignias are one of the few measures they can take to ensure their safety in conflict zones.”

Abuse of press insignia unacceptable, says OSCE Representative following incident in eastern Ukraine

L’ASCE est une grossière contrefaçon de la dénomination de l’OSCE destinée à utiliser abusivement l’image de l’Organisation internationale en question. Cette dernière a d’ailleurs enquêté sur des allégations d’usage abusif de son insigne, voire d’emprunts suspects de ses véhicules. 

La manipulation est flagrante dans cet article de Rianovosti et la grossièreté du procédé étonne : http://en.ria.ru/politics/20141101/194951444/OSCE-Observers-Inspect-Polling-Stations-in-Donetsk-Ahead-of.html

DONETSK, November 1 (RIA Novosti) - Observers from the Organization for Security and Co-operation in Europe (OSCE) have inspected polling stations in the east Ukrainian city of Donetsk ahead of Sunday's elections, a RIA Novosti correspondent in Donetsk reported Saturday.

According to the correspondent, a team of OSCE observers based in Donetsk visited a polling station in Donetsk School No 1. They checked polling booths and voter registration desks.

On Sunday, residents in parts of the Donetsk and Luhansk regions, also known as the Donetsk and Luhansk people's republics, will vote for regional leaders and legislative bodies.

The preparations for the elections come against a backdrop of continuing artillery attacks, allegedly by the Ukrainian troops that have been laying siege to the city since summer.

Kiev said it will not recognize the results of elections in the self-proclaimed republics and scheduled a separate election for the breakaway region for December 7.

The United States, the European Union and the United Nations have condemned the upcoming polls claiming they undermined a peace agreement reached in September in the Belarusian capital of Minsk.

Russia said it was going to recognize the results of the polls since they would help to "legitimize power" in the region.

Les 28 personnes venant d'Europe qui se sont prêtées à cette mascarade de l’ASCE pour cautionner des élections illégales et truquées attirent l’attention. Le nom d’un parlementaire européen français a circulé. Il ne figure pas cependant sur les photographies de la conférence de presse de Donetsk sur lesquelles apparaissent des représentants de partis nationalistes italien et autrichien.

BRUSSELS- Members of the European Parliament, who decided to observe the illegal election in the self-proclaimed Donetsk People's Republic (DPR) and Luhansk People's Republic (LPR), do not have a European Parliament mandate and act as private persons, Chairman of the Committee on Foreign Affairs Elmar Brok has said.

KievPost

Il faut rappeler que la collaboration avec les entités séparatistes du Donbass tombe sous le coup des sanctions de l’Union européenne :

RÈGLEMENT (UE) No 959/2014 DU CONSEIL du 8 septembre 2014

(1)

Le règlement (UE) no 269/2014 du Conseil (2) donne effet à certaines mesures prévues par la décision 2014/145/PESC et prévoit le gel des fonds et des ressources économiques des personnes physiques responsables d'actions ou de politiques compromettant ou menaçant l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'indépendance de l'Ukraine, ou la stabilité ou la sécurité de l'Ukraine, qui soutiennent activement ou mènent de telles actions ou politiques ou qui font obstruction à l'action des organisations internationales en Ukraine, ainsi que des personnes physiques ou morales, entités ou organismes qui leur sont associés, des personnes morales, entités ou organismes qui soutiennent matériellement ou financièrement des actions qui compromettent ou menacent l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'indépendance de l'Ukraine, des personnes morales, entités ou organismes en Crimée ou à Sébastopol dont la propriété a été transférée en violation du droit ukrainien, ou des personnes morales, entités ou organismes qui ont bénéficié d'un tel transfert; ou à des personnes physiques ou morales, des entités ou des organismes qui apportent un soutien matériel ou financier actif aux décideurs russes responsables de l'annexation de la Crimée ou de la déstabilisation de l'est de l'Ukraine, ou qui tirent avantage de ces décideurs.

(2)

Le 8 septembre 2014, le Conseil a décidé d'étendre les mesures restrictives en vue de cibler les personnes physiques ou entités qui réalisent des transactions avec les groupes séparatistes dans la région du Donbass en Ukraine. Le Conseil a adopté la décision 2014/658/PESC (3), qui modifie la décision 2014/145/PESC et introduit des critères modifiés d'inscription sur la liste à cet effet.

 

So-called elections not in line with Minsk Protocol, says OSCE Chair, calling for enhanced efforts and dialogue to implement all commitments BERN 31 October 2014

(...)

Burkhalter stressed that the Minsk Protocol foresees the holding of early local elections in accordance with Ukrainian law in certain areas of the Donetsk and Luhansk provinces. This was in response to calls for greater decentralization and was supposed to create conditions for a cooperative effort to bring back peace and stability to the war-torn parts of eastern Ukraine. Referring to the repeated reports on intentions of the self-proclaimed entities of Donetsk and Luhansk to hold so-called elections outside the framework set by the Ukrainian law, he noted that such action runs counter to the letter and spirit of the Minsk Protocol and would further complicate its implementation.

(...)

L'OSCE a démenti par Twitter sa participation aux élections de Donetsk :

 

СММ ОБСЄ в Україні ‏@OSCE_SMM  

No @OSCE #observation of so-called “elections” in East #Ukraine Sunday 2 November and no @OSCE Monitors at polling stations

 

Note

Quelques indications sur les réseaux radicaux européens, essentiellement d'extrême droite, mais aussi d'extrême gauche, qui constituent ces "observateurs internationaux" :

Fake Monitors “Observe” Fake Elections in the Donbass

La position du Secrétaire général de l'ONU sur les élections du Donbass :

Ukraine: Ban Ki-moon déplore la tenue d’« élections » mettant en danger les Accords de Minsk

La position de la Russie sur les élections en question :

Foreign Minister Sergey Lavrov’s interview with Life News television and Izvestia daily, Moscow, 27 October 2014

Sergey Lavrov: Some government bodies have already emerged there spontaneously. Not only have they been recognised as the leadership of the self-proclaimed republics – they have also become partners to the Minsk agreements and are taking part in the Contact Group alongside Kiev officials, enjoying the support of both Russia and the OSCE. Their representatives, Alexander Zakharchenko and Igor Plotnitsky, have signed a number of the Group’s documents, and the Minsk agreements of 5 and 19 September. The elections to be held in the Donetsk and Lugansk People’s Republics will be very important in terms of legitimising these authorities.

Question: Will Moscow recognise the results of these elections?

Sergey Lavrov: We believe this is one of the most important aspects of the Minsk agreements. We expect the elections to proceed as planned, and we will certainly recognise the results. We also hope that the results will be the freely expressed will of the people, without any outside interference undermining that.

Question: How does Russia see the two republics? Are they a special zone, a part of Ukraine with special status? How does Russia recognise these republics?

Sergey Lavrov: These are areas whose populations categorically refused to accept the military coup and its aftermath, and who rejected the Bandera ideology and the Ukrainian National Assembly – Ukrainian People's Self-Defence policy, which the triumphant Maidan leaders tried to impose on the entire country. They have their own perspective on the historical process which has shaped modern Ukraine. I am confident that if the Kiev authorities who perpetrated the coup had not used force, had respected the settlement agreement signed on 21 February by Vladimir Klitschko, Arseniy Yatsenyuk and Oleg Tyagnybok with Viktor Yanukovych, the crisis in Ukraine would never have escalated to this point.

They should have observed the agreement, the first point of which stipulates the formation of a national unity government, which was to draft a new version of the constitution and hold presidential and parliamentary elections based on that constitution before yearend. It provided a clear and logical sequence: reconciliation, the formation of a national unity government for the sole purpose of reforming the constitution, followed by elections. Instead, the agreement was violated, and those who came to power never even mentioned national unity again. They ran to the Maidan where they boldly announced that President Yanukovych had been overthrown and a government of “winners” had been formed. Their immediate actions showed that they viewed those living in southeastern Ukraine as “losers”.

That’s when the atrocities began. People were burnt alive, political opponents were arrested and thrown into jail without any investigation or trial, as Russian President Vladimir Putin noted at the Valdai Discussion Club in Sochi on 23 October. So people decided to defend themselves and to escape the unacceptable consequences of the coup. So they took up arms and tried to defend their homes.

As we have said repeatedly, we respected the results of the referendums in Donetsk and Lugansk, and urged them to realise this expression of the people’s will through dialogue with Kiev. We have consistently called for national dialogue between all the Ukrainian regions and political forces at every level, including international. The new Ukrainian government made a commitment to start a dialogue in the Geneva statement with the United States, European Union and Russia, signed in April 2014. But this was never acted on. The need for national dialogue was reaffirmed in the Minsk agreements. This new commitment was signed by a representative of Ukrainian President Petr Poroshenko and opposition leaders. We insist that this process begin as soon as possible.

La reconaissance des élections du Donbass constituerait une violations sustantielle des obligations internationales de la Russie et compromettrait la mise en oeuvre du Protocole de Minsk. La question de l'élaboration d'un nouveau train de sanctions se posera inévitablement. La dégradation de l'économie russe pourrait rendre opportune la suspension du système SWIFT qui avait déjà été envisagée lors de la préparation des précédentes sanctions. 

L'imposture de l'ASCE laisse augurer de l'évolution de ce territoire du Donbass. Une "République mafieuse" s'installe en Europe. 

Certains lecteurs m’ont fait part de leur irritation et ils qualifient mes propos d’obsession antirusse. Ils risquent d’être déçus parce que mon intérêt est strictement lié à l’importance et à l’actualité des événements et cessera lorsque d’autres événements occuperont cette place. La politique de la Russie à l’égard de l’Ukraine crée un état de stress dans l’ensemble de l’Europe. Elle affecte un grand nombre de pays formant un immense arc de cercle de la Finlande à la Turquie. Elle touche l’étranger proche de la Russie (Biélorussie et Kazakhstan au premier chef) et a des répercussions profondes à l’intérieur même de la Russie. Par sa dimension ethnique elle rappelle les heures sombres de la crise dans l’ex-Yougoslavie. Elle remet en cause un principe de stabilité des frontières qui est bien antérieur à la disparition de l’Union soviétique, puisque cet ordre territorial était l’objet même du processus d’Helsinki. La diplomatie s'emploie heureusement à contrôler cet état de stress, mais on ne saurait se cacher que la Communauté internationale affronte la plus grave crise depuis des décennies, même si les incidences militaires sont si restreintes que cette portée n'est pas perçue par l'opinion publique internationale. La mobilisation est limitée à l'Europe et aux pays occidentaux, mais l'indifférence du reste du monde n'atténue pas cette gravité. Le moment est grave et en réalité le Protocole de Minsk n'a fait que masquer un processus d'escalalade on on n'aperçoit pas l'issue.

Le simulacre d’élections dans le Donbass marque le franchissement d’un point de non-retour dans l’évolution de la crise. Le Protocole de Minsk est vidé de son objet. Finalement l’OSCE qui a facilité cet arrangement pour une sortie de crise a vraisemblablement échoué ou a été instrumentalisée. L’accaparement de l’Est ukrainien devrait à un moment ou un autre se traduire par une installation officielle de l’armée russe. C’est l’étape que l’on craint maintenant.

Ce nationalisme russe agressif est-il russe ? Combien de temps la population laborieuse se reconnaîtra-t-elle dans cette bureaucratie d’affaires qui l’entraîne dans une situation extrême ? Combien de temps les intellectuels russes supporteront-ils cette propagande inepte que relayent les médias officiels ? Pendant que les cotisants russes paient les pensions versées aux retraités de Crimée, les hôpitaux ferment à Moscou. Alors qu’il n’y a plus d’argent, la Russie va entretenir la clique mafieuse qui s’est installée par la force dans les régions de l’Est ukrainien.

Les Européens n’ont aucun désir de nuire à la Russie, ne serait-ce que par intérêt mercantile. Mais ils ne peuvent pas renoncer, sous peine de mettre en grave danger la sécurité en Europe, à défendre le respect des engagements internationaux, le non-emploi de la force, la non-ingérence et le respect de l’intégrité territoriale des Etats. La théorie du « deux poids, deux mesures » ne saurait justifier l’injustifiable.

L’impérialisme russe est une réalité historique gravée dans la mémoire collective de nombreux peuples, mais il n’y a pas de déterminisme historique, pas de fatalité poursuivant une nation. Les Russes ne sont pas stigmatisés et, d’une manière ou d’une autre, les liens rompus entre Ukrainiens et Russes seront renoués. Un jour qui n’est pas éloigné, l’Europe de l’Atlantique à l’Oural formera un espace ouvert, promis à la prospérité générale, dans le respect de la liberté des nations.